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Les matières résiduelles fertilisantes (MRF)

Les MRF sont définies comme des « matières ou objets périmés, rebutés ou autrement rejetés dont l’emploi est destiné à entretenir ou à améliorer, séparément ou simultanément, la nutrition des végétaux ainsi que les propriétés physiques et chimiques et l’activité biologique des sols » (ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, 2008). Il existe plusieurs types de MRF, les principales étant des biosolides (ou « boues d’épuration traitées »), des composts commerciaux provenant de résidus industriels ou municipaux ainsi que des amendements calciques et magnésiens (ACM).

 
Les biosolides sont des sous-produits du traitement des eaux usées provenant des municipalités et des usines papetières et agroalimentaires. Leur teneur en eau varie selon le type de procédé et leur contenu en matière sèche est composé principalement de matière organique et de nutriments (azote et phosphore). Les biosolides municipaux proviennent de plus de 700 stations d’épuration municipales au Québec et de quelques centres de traitement des boues de fosses septiques générées par les résidences isolées. Les biosolides papetiers incluent les résidus primaires, secondaires et mixtes et, par convention, les résidus de désencrage. Les biosolides agroalimentaires proviennent notamment d’abattoirs et d’usines de transformation du lait. Dans un but de simplification, le lactosérum et les résidus de lavage de légumes y sont inclus.
 
Les composts commerciaux proviennent d’usines de compostage de résidus divers, dont les résidus putrescibles de collecte sélective (feuilles, gazon et résidus de cuisine), les boues et les résidus de bois.
 
Les amendements calciques et magnésiens (ACM) sont, pour leur part, constitués de cendres provenant de la combustion de bois et d’autres résidus ligneux, de poussières de cimenteries et de résidus industriels alcalins divers allant des coquilles d’oeuf aux résidus d’aciéries chaulés. Les ACM se présentent principalement sous forme solide. Ils sont utilisés pour élever le pH des sols (chaulage) et comme source d’éléments fertilisants (calcium, potassium, phosphore, soufre, etc.) Contrairement aux biosolides et aux composts, ils contiennent peu ou pas de matière organique.
 
Les résidus de désencrage et les boues organiques ayant fait l’objet d’un traitement à la chaux ont également des propriétés chaulantes, mais ils sont classifiés avec les biosolides.
 

Réglementation

L’obtention d’un certificat d’autorisation (CA) est préalablement requise lorsqu’une activité d’épandage de MRF est susceptible de modifier la qualité de l’environnement, au sens de l’article 22 de la Loi sur la qualité de l’environnement. Un certificat d’autorisation est délivré par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) lorsque la demande respecte un ensemble de normes réglementaires et de critères spécifiés dans le Guide sur la valorisation des matières résiduelles fertilisantes (ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, 2008).
 
Toutefois, dans plusieurs situations, on peut épandre une MRF certifiée conforme par le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) sans obtenir préalablement un CA dans la mesure où le mode d’emploi est respecté. Les produits certifiés par le BNQ font l’objet d’un contrôle de qualité indépendant et présentent un faible risque sur le plan environnemental.
 

Bilan 2010

En novembre 2011, le MDDEP a publié le bilan 2010 du recyclage des matières résiduelles fertilisantes. Au cours de l’année 2010, le MDDEP a délivré 696 CA (795 incluant les CA pluriannuels) et 333 avis de projet. 98 % visait le recyclage agricole. Des 795 CA, 49 ont été délivrés en Montérégie ainsi que 51 des 333 avis de projets. 882 fermes ont reçu des MRF au cours de l’année, dont 89 en Montérégie. Au niveau des quantités, 755 000 tonnes de MRF ont été épandues sur des sols à des fins agricoles (63 %) dont 4,5 % étaient certifiées conformes par le BNQ. Les MRF sont également utilisées pour fabriquer des terreaux, pour la végétalisation de sites dégradés et à des fins sylvicoles. Parmi les 755 000 tonnes de MRF ayant pris le chemin des sols agricoles, on retrouve les biosolides papetiers (33 %), les biosolides municipaux (12 %), les biosolides et résidus agroalimentaires (6 %), les composts commerciaux (36 %) et autres (13 %).
 
Concernant seulement les biosolides municipaux, l’épandage agricole a augmenté d’environ 60 % par rapport à 2004 (124 kT comparativement à 78 kT). Cette augmentation de l’épandage des biosolides municipaux est possiblement liée à l’augmentation du coût de l’élimination, laquelle est due, notamment, à la redevance sur l’élimination. Au total, sur les quelque 900 000 tonnes de biosolides municipaux produits annuellement (Hébert et collab., 2008), environ 145 000 tonnes ont été épandues sur les sols en 2010. Ces tonnages ne tiennent toutefois pas compte des boues municipales compostées qui sont groupées avec les autres composts.
 
La répartition régionale des tonnages de MRF épandus en terre agricole en 2010 démontre que la Montérégie arrive au troisième rang des épandages totaux avec 15 % des tonnages, derrière le Centre-du-Québec (20 %) et le Saguenay-Lac-St-Jean (19 %). La Montérégie se démarque toutefois par le tonnage important de biosolides et résidus agroalimentaires épandus sur les terres.
 
Considérant l’ensemble des matières fertilisantes épandues annuellement en terre agricole (tonne humide), les MRF contribuent pour 2,5 % de l’ensemble des matières, loin derrière les fumiers et lisiers (95,9 %). Les engrais minéraux et la chaux agricole représentent respectivement 0,7 % et 0,9 % des épandages de matières fertilisantes annuelles.
 

Position de la fédération régionale

La fédération régionale a reçu, au cours des dernières années, plusieurs résolutions des syndicats de base demandant d’appuyer l’utilisation des MRF en territoire agricole ou encore, de s’opposer à une telle utilisation. Devant ces demandes contradictoires, le comité environnement-énergie a longuement analysé la question et la fédération régionale a décidé d’être en appui aux producteurs qui souhaitent utiliser des MRF en respectant les règles en vigueur au Québec. De plus, elle a également décidé de ne pas cautionner la délinquance, d’être en position de veille stratégique et d’informer et d’encadrer les producteurs. La fédération souhaite que le gouvernement règlemente les éléments contenus dans la politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 ou exige des MRC d’inclure les éléments de cette politique à leur schéma d’aménagement. De plus, la fédération souhaite que le MDDEP exige des entreprises qui commercialisent les MRF, une accréditation (certificat) incluant un cautionnement ayant pour but de garantir la qualité du produit.
 
Afin de répondre au besoin d’information exprimé par les producteurs agricoles, la fédération régionale a organisé, le 28 septembre 2009, une rencontre d’information sur le sujet des MRF. Quatre conférenciers, dont M. Marc Hébert du MDDEP, Mme France Ratel du MDDEP, M. Michel S. Cournoyer du groupe conseil UDA et M. Raymond Van Coillie, professeur expert en toxicologie, ont entretenu les producteurs sur différents aspects des MRF.
 

Biographie

Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs (MDDEP), 2011. Bilan 2010 du recyclage des matières résiduelles fertilisantes, Québec, Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs, Direction des matières résiduelles et des lieux contaminés, ISBN 978-2-550-63377-8, 30 pages.